mercredi 27 juillet 2016



Méditations personnelles


Mercredi 27 juillet 2016




Résultat de recherche d'images pour "nuit de cristal synagogue" 




      Aujourd’hui, j’ai lu la note d’une blogueuse sur l’Obs, ainsi que ses nombreux commentaires, à propos d’un tout bref extrait du discours que le Préfet de la République de Rhône-Alpes, Michel Delpuech, a prononcé à la Grande Mosquée de Lyon, vendredi 22 juillet, à l’invitation de son recteur, Kamel Kabtane.


 Cette note ne se centre que sur cet extrait du discours préfectoral : « Je condamne à nouveau, avec la plus grande fermeté, ces actes ignobles qui, en désignant à la vindicte votre communauté, rappellent, ni plus ni moins, les méthodes qui conduisirent les Nazis à la Nuit de Cristal. » Elle ne cite pas le paragraphe en entier et qui commence ainsi : « Depuis l'attentat de Nice, on a vu des inscriptions abjectes visant les Musulmans. « Dehors ou la Mort » était-il écrit sur le muret de la mosquée de Bron. »

 L’auteure de cette note exprime son total désaccord quant à l’utilisation de la comparaison de la terrible Nuit de cristal en Allemagne nazie, - et qui a brisé des milliers de vitrines de commerce, incendié de centaines de synagogues, détruit des logements occupés par des familles juives et fait plus de 100 morts -, avec quelques inscriptions islamophobes taguées par exemple sur l’un ou l’autre mur de mosquée.


   Elle a raison évidemment en absolu. Elle a raison aussi face à l’histoire. On sait aujourd’hui avec exactitude comment a fonctionné la terrible machine idéologique nazie qui aura débuté par l’identification d’un bouc émissaire, puis par sa mise à l’écart de la vie sociale et économique allemande (et des pays satellites européens quand le Reich les a conquis), et enfin par son extermination dans de nombreux camps de la mort. Sauf les personnes de mauvaise foi, tout le monde sait qu’une telle catastrophe aura quasi atteint 6 millions de victimes innocentes, réduites en cendre seulement parce que juives.

 C’est la pire des horreurs survenus sur le sol européen. Il est à espérer qu’il n’y en aura jamais plus d’aussi absolue.

   Je médite maintenant le propos du Préfet de Rhône-Alpes. Mais pour cela, j’ai tenu à visionner l’entièreté de son intervention à la Grande Mosquée de Lyon, précédée de  celle aussi remarquable de son recteur,  Kamel Kabtane (http://original.livestream.com/mosqueelyon/video?clipId=flv_51d860d7-97cd-488f-be2b-a8a263a047ef&utm_source=lsplayer&utm_medium=ui-play&utm_campaign=click-bait&utm_content=mosqueelyon).


 Un message en trois points. De fraternité et de concorde d'abord, de fermeté et de détermination ensuite, de confiance et de responsabilité républicaines enfin.
En voici quelques extraits :

Ceux qui frappent notre pays n'ont qu'un but, politique et subversif, c'est fracturer notre société, y semer la discorde, y insuffler la haine. La République ne doit pas tomber dans le piège. (…)

Depuis l'attentat de Nice, on a vu des inscriptions abjectes visant les Musulmans. « Dehors ou la Mort » était-il écrit sur le muret de la mosquée de Bron. Je condamne à nouveau, avec la plus grande fermeté, ces actes ignobles qui, en désignant à la vindicte votre communauté, rappellent, ni plus ni moins, les méthodes qui conduisirent les Nazis à la Nuit de Cristal.
Honte aux auteurs de ces injures. Honte à ceux qui, par bêtise ou complaisance, légitiment les pires amalgames et la suspicion.
Je veux donc saluer la réaction qui a été la vôtre, Monsieur le Recteur, Monsieur le Président du CRCM. Elle donne l'exemple de la sagesse, de la modération, de l'apaisement.
Elle exprime votre confiance dans nos institutions et je puis vous assurer, en effet, que les services mettent tout en œuvre pour identifier les auteurs de ces actes et les déférer à la justice. (…)
Amis musulmans, la République a aussi besoin de vous, pour que nous soyons ensemble dans les combats que nous avons à mener. Contre l'obscurantisme ; contre le repli identitaire ; contre les mensonges qui trahissent l'essence même de votre foi.
Mais aussi combat pour les valeurs de la République, pour celles que porte la déclaration des Droits du 26 août 1789, pour celles que décrivent le préambule de la Constitution de 1946 et l'article 1er de la Constitution de la Ve République.
Je sais, cher Kamel, chers amis, pouvoir compter sur votre engagement et votre sens des responsabilités, qui ne sont plus à démontrer. A titre d'exemple :
Il faut renforcer la formation des imams aux principes de la République, tels qu'ils sont enseignés ici à l'IFCM, en relation avec l'Université Catholique et la Préfecture. Nous sommes prêts à vous y aider pour faire plus encore.
Il faut lutter contre les dérives radicales en signalant celles que vous constatez autour de vous. Vous êtes associés à la plateforme de prévention de la radicalisation, et je souhaite que ce partenariat soit renforcé.
Il faut veiller à ce que les enseignements dispensés dans certaines écoles privées fréquentées par vos enfants ne soient pas source d'embrigadement, et j'émets le vœu, à titre personnel, que ces enseignements rappellent toujours le primat des lois républicaines. L'autorité académique est prête à vous aider sur ce chemin.


   Dommage que le blog de l’Obs que j’ai consulté aujourd’hui se soit seulement focalisé sur le bref passage du discours du Préfet Michel Delpuech où il ne compare pas directement les tags islamophobes à ce qui s’est passé lors de la Nuit de cristal, mais qui tente seulement d’alerter sur une logique ostracisante qui pourrait y conduire, si nous n’y prenons pas garde. Dommage qu'il n'ait pu réaliser combien il était essentiel, du point de vue de la République, de venir rassurer la communauté musulmane de France après ces nouveaux attentats barbares et terroristes, et ainsi tenter de limiter les risques d'amalgame entre islamistes radicalisés et peuple de croyants.
 Démarche indispensable, dans l'épreuve, afin qu'il n'y ait qu'un peuple français avec et non contre ses convictions religieuses ou athées.

 J’ai écouté très attentivement l’ensemble du discours de Michel Delpuesch et j’ai pu le lire aussi. Remarquable discours selon moi. De même celui du recteur de la Grande Mosquée, Kamel Kabtane.


  C’est vital de connaître la logique de notre nouvel adversaire, Daesh. Lui, il veut la guerre civile dans nos pays, entre Français musulmans d’origine étrangère et Français dits de souche. Et sur ce plan, l’intervention de Michel Delpuech à la Grande Mosquée de Lyon, au lendemain de l’attentat terroriste du 14 juillet à Nice, était primordiale. Et d'ailleurs, le gros de son discours devant la mosquée de Lyon était centrée sur la lutte contre les acteurs et les agents du terrorisme islamique.



P.S. La terrible tuerie sur la Promenade des Anglais à Nice a fait quelques 30 victimes de confession musulmane. Soit au moins une victime sur trois. C’est aussi dire, mais dans quelle douleur, qu’il y avait donc pas mal de Français d’origine maghrébine qui étaient là pour fêter la République Française…



lundi 23 mai 2016


Lecture lente de

L’antisémitisme dans les sociétés
marquées par l’islam

de Günther Jikeli


2










   Pour Pierre-André Taguieff[1], la judéophobie mondialisée découle prioritairement de la propagande antisioniste des pays arabes et de l’antijudaïsme théologique islamiste de toutes obédiences (sunnite, chiite,…). L’auteur montre que la conception du monde de certains islamistes est très nettement antisémite, que certains lancent des appels au meurtre de juifs, et que cet appel à la haine meurtrière va souvent de pair avec un puissant anti-américanisme. Mais hélas, il n’y a pas que les islamistes radicaux ; et, surtout dans le conflit israélo-palestinien, on entend des dirigeants dits « modérés » ou « libéraux » qui lancent ce genre d’appel comme l’imam Ahmed al Tayed en poste à l’Université islamique al-Azahr du Caire ou encore Yusuf al-Qaradawi, juriste mondialement connu et qui entretient des liens étroits avec la communauté des Frères musulmans. C’est à ce point que, d’après Günther Jikeli,  les simples musulmans eux-mêmes ont du mal à cerner la frontière qui sépare les mouvements islamistes antisémites du courant général de l’islam.

 Le Middle East Media Research Institute (MEMRI) recèle des sources précieuses pour analyser l’antisémitisme ambiant dans les médias des pays musulmans (médias arabes, iraniens, pakistanais, soudanais), ainsi que les Archives Tom Lantos sur l’antisémitisme et le négationnisme, et les comptes rendus d’ONG antiracistes, en particulier ceux de l’Anti-Defamation League. Ces derniers regorgent d’exemples et de brèves analyses à l’attention du grand public, portant sur l’antisémitisme au sein du Hamas, dans la Confrérie (des Frères musulmans), dans la presse arabe et iranienne.

 Tous ces organes mettent en évidence le phénomène de diffusion, de propagation et de réception des fumeux Protocoles des Sages de Sion. Ceux-ci constituent certainement le texte le plus lu dans la pseudo littérature du « complot juif ». La plupart des médias arabes, non seulement taisent l’origine tsariste fallacieuse des Protocoles, mais utilise cette référence comme une source absolument sérieuse et fiable.
 De même, ces institutions étudient comment se vit la perception de la Shoah dans les pays musulmans. Celle-ci est souvent empreinte d’idées antisémites, et des chercheurs comme Meir Litvak et Esther Webman, qui ont suivi l’évolution de la perception de la Shoah dans le monde arabe depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale à aujourd’hui, montrent qu’elle se caractérise par de l’ignorance « crasse », mais aussi par du négationnisme, une approbation clairement antisémite de la Shoah, ou des comparaisons qui réécrivent l’histoire.

 Quelques recherches sont menées sur le cas de la montée de l’antisémitisme en Turquie, où l’on constate une popularité évidente de textes comme Mein Kampf et des Protocoles des Sages. Depuis 2005, le pamphlet antisémite d’Adolf Hitler y est devenu un best-seller (plus d’un million d’exemplaires vendus en deux mois) ; quant au faux historique, les Protocoles des Sages, il a été réédité 114 fois entre 1946 et 2012, la plupart du temps par des maisons d’édition fondamentalistes.
 Un tel antisémitisme turc serait surtout le fait de groupes islamistes mais aussi d’ultranationalistes, et il trouve un écho favorable dans le peuple. Le mouvement politique (AKP) dirigé par le Président actuel Erdogan, au pouvoir depuis plus de dix ans, a contribué à une généralisation massive de l’antisémitisme, particulièrement grâce à l’antisionisme.

Parmi les islamistes turcs, sont principalement répandues des théories du complot mettant en scène des crypto-juifs ou se rapportant à la fondation de la Turquie moderne, ainsi que des théories du complot antisionistes. De prétendus crypto-juifs, nommés Dönme, y sont diabolisés, présentés comme des traîtres et considérés comme le principal obstacle aux tentatives pour passer de la République turque sécularisée à une République turque islamique.[2]


   Pour d’autres pays non arabes mais sous influence musulmane, des comptes rendus existent de ce qui s’écrit dans la presse, mais de véritables analyses de l’antisémitisme doivent encore être menées. L’auteur de la présente étude signale tout de même la différence d’écho que donnent les théories du complot juif au Pakistan, où elles sont très répandues dans l’opinion publique, par rapport au Bangladesh où elles sont proportionnellement rares puisque « seulement » 32% de la population y approuvait 6 des 11 énoncés antisémites (cf. sondage évoqué plus haut) en 2013.
 Et Jikeli de conclure : Le peu d’intérêt de la recherche pour cette question pourrait être lié au fait que ces pays ne comptent aujourd’hui que peu de juifs parmi leurs habitants.

  Il existe des initiatives dans les pays arabes qui combattent explicitement l’antisémitisme mais elles sont isolées. Au Maroc, a été créé l’Observatoire marocain de lutte contre l’antisémitisme, qui compte parmi ses fondateurs principalement des berbères non-juifs vivant au Maroc.




(À suivre)





[1] Pierre-André TAGUIEFF, Prêcheurs de haine : traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004, p. 183.
[2] Rıfat N. BALI, Antisemitism and Conspiracy Theories in Turkey, Istanbul, Libra Kitap, 2013.

mardi 17 mai 2016

Lecture lente de

L’antisémitisme dans les sociétés
marquées par l’islam

de Günther Jikeli[1]


1







   En moins de 5 ans : Mohamed Merah tue de sang froid des enfants et un instituteur sur le seuil d’une école juive de Toulouse, puis Medhi Nemmouche tue quatre personnes au Musée Juif de la rue des Minimes à Bruxelles, puis, il y a eu la fusillade devant la synagogue de Copenhague, tuant le gardien et blessant deux policiers, puis, après les meurtres au siège de Charlie Hebdo, Amedy Coulibaly prend des clients en otages à l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes à Paris et en tue quatre, et le 13 novembre dernier, lors des attaques terroristes islamistes, le choix du Bataclan pour la fusillade qui fait 89 victimes et de nombreux blessés graves, est peut-être déterminé lui aussi par de l’antisémitisme. Ou encore, un homme portant la kippa se voit poignarder en pleine rue…

   On ne peut plus ne pas s’interroger sur la montée d’un antisémitisme arabe et musulman en Europe et dans le monde. Cette question de plus en plus pressante doit d’urgence être prise au sérieux par des intellectuels de gauche. S’il y a bien encore et prioritairement discriminations vis-à-vis des personnes issues de l’immigration maghrébine, cela ne peut strictement pas cautionner la minimisation d’un phénomène plus qu’inquiétant et qui vise le juif seulement parce qu’il est juif (et non d’abord simple citoyen).

 Ce pourquoi j’ai choisi de lire attentivement et de commenter ici, le long article de Günther Jikili, publié sur l’excellent site du Cairn.info (http://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2015-2-page-89.htm)


   L’auteur précise d’abord que dans les pays musulmans, la population juive a quasi disparu aujourd’hui. Si elle était au nombre de 750.000 à 850.000 en 1945, cette population n’est plus que de moins de 80.000 aujourd’hui. Dans les pays musulmans, les plus grandes communautés juives sont aujourd’hui situées en Iran (environ 10.000 juifs) et en Turquie (environ 17.000) – et ce, là encore, après une émigration massive.

 Si les attentats antisémites de type djihadiste ne sont le fait que d’une infime minorité, ce n’est pas pour autant que l’antisémitisme ne soit pas répandu dans la grande majorité de l’opinion publique des populations marquées par l’islam. L’auteur de cet article rend ainsi compte des résultats d’un sondage dans les pays musulmans effectué par la Anti-Defamation League en mai 2014 à partir de 11 énoncés antisémites. Ces résultats sont très inquiétants, et toujours bien au-dessus de 50%, les personnes sondées approuvent au moins 6 des 11 de ces énoncés.
J’insiste et précise :

- 56% en Iran
- 69% en Turquie
- 74% en Arabie Saoudite
- 78% au Liban
- 80% au Maroc
- 86% en Tunisie
- 87% en Algérie et en Lybie
- 92% en Irak
- 93% en Cisjordanie et à Gaza.


 Les idées antisémites les plus répandues dans les pays musulmans tournent autour des théories du complot juif (s’inspirant du faux Protocoles des Sages de Sion), de représentations des juifs comme auteurs de meurtres rituels d’enfants et d’empoisonneurs, diabolisation littérale d’Israël, propos négationnistes et utilisation de la symbolique nazie. Comme le montre Robert Wistrich, spécialiste renommé en la matière, l’antisémitisme est bien plus ancré dans les sociétés musulmanes, - et arabes en particulier -, qu’on ne le pensait, qu’il ne s’explique pas uniquement par la propagande de l’élite politique du mouvement panarabiste dans les décennies précédentes, et qu’il n’est pas simplement réductible à de l’antisionisme[2].


(à suivre)





[1] Günther Jikeli est professeur invité à l’institut d’étude de l’antisémitisme contemporain de l’Université d’Indiana aux Etats-Unis. Il est chercheur associé au Groupe Sociétés, Religions, Laïcités / CNRS, Paris et au centre Moses Mendelssohn à l’Université de Potsdam.
En 2013, il a reçu le Raoul Wallenberg Prize 2013 in Human Rights and Holocaust Studies.
Günther Jikeli a publié « European Muslim Antisemitism » avec Indiana University Press en 2015.
Référence de l'article : Jikeli Günther, « L’antisémitisme en milieux et pays musulmans : débats et travaux autour d’un processus complexe. », Revue d’histoire moderne et contemporaine 2/2015 (n° 62-2/3) , p. 89-114 
URL : www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2015-2-page-89.htm.
[2] Robert S. WISTRICH, Muslim Anti-Semitism – A Clear and Present Danger, New York
American Jewish Committee, 2002. L’ouvrage a été actualisé et traduit en allemand en 2011 : ID., Muslimischer Antisemitismus : Eine aktuelle Gefahr, Berlin, Edition Critic, 2012.

mardi 19 avril 2016



Juste un peu d’humour






      J’ai lu un p’tit bijou par hasard ce matin. Il m’a fait rire, et par les temps qui courent, le rire est presque devenu aussi nécessaire que le boire et le manger.

 Faut que je vous donne le contexte : Alain Destexhe, - un homme politique bruxellois très très à droite (si fort que même son parti libéral le tient à l’écart), qui a récemment piloté (en voiture car à pied, c’est trop dangereux) l’illustre Alain Finkielkraut dans le Molenbeekistan -, et qui est très présent sur les réseaux sociaux, avait exprimé son indignation sur son mur Facebook à propos d’un reportage de la RTBF sur la fête nationale, en épinglant le fait que celle-ci avait donné principalement la parole à une femme portant le foulard, fêtant comme tant d’autres Belges le 21 juillet.
Son propos ayant choqué rapidement des tas de citoyens, Destexhe avait répliqué sur sa page Facebook, s’en justifiant à l’appui des 100 like que son indignation avait enregistrés en à peine une heure.

 Réaction superbe d’Ismaël Saidi, l’auteur de la pièce de théâtre Djihad d'intérêt public (dont j’ai déjà parlé) sur sa propre page Facebook. Et la voici :


"Alain Destexhe : Ma mère porte le voile, elle est belge et elle fêtait la fête nationale de son pays aujourd'hui et elle vous emmerde. Et elle emmerde aussi les "100 like en une heure" que vous avez reçu sur facebook lorsque vous avez craché sur elle sur votre mur de la honte. Et elle m'a chargé de vous dire ceci : "Sma'il (oui elle est belge mais elle prononce mon nom en arabe) tu diras au monsieur qui a peur de moi, le docteur qui n'a plus de patient, que quand je trouve 100 cafards dans ma cuisine en une heure, ça veut juste dire que ma cuisine est dégueulasse et que je dois la nettoyer avec du White Spirit" Sur ce, monsieur Destexhe, le belge fils et frère de belges musulmanes voilées que je suis vous offre son mépris noir, jaune et rouge."


   Moi, ça perso, comme réplique, j’adore et je like !



  Sauf que le White Spirit, c’est pas trop le bon produit pour désinfecter une cuisine ! Ah ! Les hommes...


jeudi 31 mars 2016


Une note à la première personne du singulier

Après les attentats terroristes à Bruxelles


(ajout d'une remarque autocritique)





   G. et ses enfants sont sains et saufs.
   Maman, ne t’inquiète pas, j’ai eu M. au téléphone, il va bien.


   Je n’étais pas au pays ce lugubre 22 mars. Et c’est par ces brefs messages envoyés par deux de nos enfants habitant en Wallonie, que nous avons compris qu’il s’était donc passé quelque chose de grave à Bruxelles. G. comme M. habitent et travaillent dans des communes populaires de la capitale.
 Le soir même, mon compagnon apprenait par son associé d’origine marocaine et musulman que la femme de ménage de leur petite entreprise avait été tuée dans l’attentat de la station de métro Maelbeek.


   Je n’ai pu que me taire – je veux dire ne rien publier – jusqu’à aujourd’hui. J’ai écouté en différé des témoins, des familles endeuillées (dont le témoignage remarquable de Michel Visart, journaliste économiste de la RTBF qui a lui aussi perdu sa fille dans l’attentat du métro (à voir et écouter surtout, ici : https://www.rtbf.be/video/detail_invite-michel-visart-a-propos-du-deces-de-sa-fille-lauriane-dans-les-attentats?id=2095356), lu beaucoup aussi, cherchant des articles de fond et évitant le sensationnalisme et ce qui s’écrit sur les réseaux sociaux. Certains articles ont retenu mon attention comme celui signé par Corinne Torrekens, docteure en sciences politiques et sociales, de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) dans une revue en ligne que je ne connaissais pas, Orient XXI, et intitulé Contre vents et marées, la sécularisation de l’islam en Belgique. A lire par ceux qui entendent encore ne pas se satisfaire des comptes rendus très approximatifs du journalisme ordinaire, et soumis au diktat de la rentabilité (http://orientxxi.info/magazine/contre-vents-et-marees-la-secularisation-de-l-islam-en-belgique,1268)

 Un autre excellent article publié dans Le Monde qui interroge Pierre Vermeren, professeur d’histoire du Maghreb contemporain à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et membre du laboratoire IMAF. Il m’a permis tout particulièrement de prendre conscience de l’importance de l’histoire des immigrés du Rif marocain dans le phénomène de radicalisation islamiste et terroriste. A lire ici : http://www.newsjs.com/url.php?p=http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/23/la-belgique-est-devenue-un-trou-noir-securitaire_4888420_3232.html.


   Enfin, je retiens un coup de sang signé par le journaliste retraité de la RTBF, Jean-Jacques Jespers sur sa page Facebook, et vous le recopie :


« Les médias, pleins de bienveillance et dans un louable souci de conciliation, interrogent témoins et experts après les attentats. Seulement voilà : tous les entretiens, tous les témoignages portent sur "le vivre-ensemble" et ce qu'il faudrait faire ou éviter pour que les relations entre musulmans et non-musulmans soient plus harmonieuses. Désolé, mais quel rapport avec les attentats terroristes de Paris et de Bruxelles ? L'enfer est pavé de bonnes intentions. L'amalgame est sans doute inconscient mais il saute aux yeux : le non-dit des attentats, c'est la place de l'islam ordinaire dans la société européenne. Plutôt que de focaliser l'attention sur ce sujet, donc de renforcer tacitement le hiatus entre "eux" et "nous", ne faudrait-il pas informer davantage sur les vrais réseaux du terrorisme, qui ne passent pas par les mosquées mais par les prisons, les amis, Internet et les bistrots ? Ne faudrait-il pas questionner la pertinence de ce lien non démontré entre le terrorisme et le salafisme religieux (un intégrisme dont les effets culturels négatifs ne sont pas contestables, mais c'est une autre question) ? Les auteurs des attentats sont des fiers-à-bras, des malfrats qui sont presque tous passés par la case prison, des buveurs, des dragueurs, des sorteurs, des consommateurs de hasch, des "misfits", en rupture avec leur famille qui leur a inculqué de tout autres valeurs, mais surtout des habitués des actions criminelles. Ils ont été recrutés par un mouvement qui n'est pas religieux mais politico-militaire, pour effectuer des opérations qui s'inscrivent dans une stratégie non pas religieuse mais politico-militaire : terroriser les citoyens des pays qui attaquent ce mouvement en Syrie et en Irak, répliquer aux bombardements sur Raqqah.... Daech est dirigé par d'anciens officiers sunnites de l'armée de Saddam Hussein qui veulent se venger d'avoir été chassés par les Américains en 2003 et d'avoir dû subir depuis lors un régime chi'ite qu'ils haïssent - pas toujours à tort. Le mince vernis islamique dont ils recouvrent leur stratégie, délirant du point de vue théologique, n'est destiné qu'à tromper des esprits affaiblis. Leur propagande fait allusion autant à Allah qu'aux grosses bagnoles et aux fascinantes kalachnikovs. Elle séduit autant des gamins en perte de repères dont l'univers culturel se limite aux réseaux sociaux que des exhibitionnistes et des machos ordinaires. Quel rapport avec les débats sur le port du foulard ou les repas halal à l'école ? Bien sûr, certains prédicateurs salafistes peuvent se réjouir - et inciter leurs ouailles à le faire - des malheurs qui frappent les koufirs, et ce n'est pas plus louable que les parades de brutes fachos sur la place de la Bourse. Mais cela justifie-t-il une association sous-entendue mais systématique entre islam ordinaire et terrorisme, accommodements raisonnables et djihad ? »



   Une écriture à la première personne du singulier signifie selon moi non d’abord l’ego du moi, je, mais la responsabilité et l’engagement de ma personne dans ce que j’écris et publie.
 Lors des crimes sauvages (et antisémites de surcroît) perpétrés par Mohamed Merah à Toulouse, comme tant d’autres, je ne réalisais pas qu’ils puissent inaugurer en fait une longue et effroyable série de meurtres, mais qui, avec ceux de Mehdi Nemmouche au musée juif de Bruxelles un peu après ou même les attentats de janvier 2015 à Paris contre Charlie hebdo et l’hyper casher, n’avaient pas encore adopté le modus operandi, beaucoup plus redoutable en nombre de victimes, des attentats kamikaze que nous connaissons désormais depuis les attentats de Paris en novembre dernier et ceux de Bruxelles, ce 22 mars 2016.

   J’ai dû m’interroger, rectifier certaines de mes opinions (comme celle de ne considérer le port du voile intégral que comme une question seulement marginale et sans impact réel), d’apprendre à mieux saisir les nombreuses différences au sein de l’islam, la dangerosité du salafisme dans sa composante théologico-politique, l’influence de la puissance du wahhabisme rétrograde et barbare dans nos propres pays européens, celle des Frères Musulmans par ses services sociaux sponsorisés jusque chez nous.  

   C’est à mes yeux évident et compréhensible, j’ai dû faire partie un temps des naïfs, de ceux qui ont toutefois toujours raison de défendre la cause des citoyens issus de l’immigration arabe car la discrimination ethnique au logement et à l’emploi demeure flagrante (mon pays est au top des pays qui discriminent le plus). Mais je soutiens bien sûr aujourd’hui les Services de Sécurité qui font la traque aux terroristes. Je pense même qu’il faudrait leur donner plus de moyens financiers car hélas, malgré d’autres priorités directement sociales, c’est devenu une priorité absolue.

   Toutefois, je tiens à affirmer que je souscris sans réserve au propos de Jean-Jacques Jespers retranscris ci-dessus. Qu’est-ce que viennent faire tous les innombrables propos qui, en pseudo bienveillance ou carrément en obsession, causent islam et d’islam essentialisé dans les attentats terroristes commis en novembre dernier en plein Paris, et le 22 novembre 2016 à Bruxelles ?  Au fond, c’est comme si, après les horreurs de la Saint-Barthélemy à Paris en août 1572, on eût cru nécessaire de trouver dans les Evangiles ce qui aurait entraîné sa violence extrême et qui aurait été à la base d’un tel massacre. Et qu’est-ce que les citoyens musulmans ordinaires et majoritaires devraient plus que « nous » avoir à dire dans de telles circonstances tragiques ?

   Vaste foutaise ! Les livres dits saints des trois monothéismes comportent chacun des propos de grande violence et des propos sublimes. Moins de versets violents sans doute dans les évangiles, mais ça n’aura pas empêché du tout qu’au nom du christianisme, le sang ait beaucoup coulé pendant des siècles et des siècles.

   Oui, vaste foutaise que de croire qu’il s’agisse prioritairement de religion ! C’est d’ailleurs sans doute le piège dans lequel entend nous prendre tous Daesh, musulmans et non musulmans, cet état maffieux et, - je souscris à la formule même si elle est européo-centrée – nazi. L’idéologique n’a jamais commandé aucune cause ; elle vient toujours au secours d’une cause politique, géopolitique et de façon flagrante dans ce Moyen-Orient de tous les dangers…


  
    G. et ses enfants sont sains et saufs.
   Maman, ne t’inquiète pas, j’ai eu M. au téléphone, il va bien.



   Mondialisation de l’économie et des moyens de communication oblige en tête, je pense que c’en est donc aussi fini désormais de l’insularité sécurisée des pays européens. Hier encore, ce n’était qu’à la télévision qu’on regardait des reportages de la violence la plus extrême ; ailleurs, à des milliers de kilomètres. Aujourd’hui, nous réalisons que le monde est un village, pour le meilleur certes encore, mais pour le pire désormais aussi.


   G. et ses enfants sont sains et saufs.
   Maman, ne t’inquiète pas, j’ai eu M. au téléphone, il va bien.


   J’ose espérer seulement qu’avec l’insécurité qui nous atteints de plein fouet et sans doute pour longtemps, à l’instar de tant de nobles et héroïques résistants durant la Seconde Guerre Mondiale, il y aura aujourd’hui demain, des têtes bien faites, des têtes dures mais aussi dignes et intègres que le furent celles et ceux qui résistèrent au fascisme et au nazisme. Des têtes bien faites d’abord, c’est ce que je nous souhaite d’abord et comme en urgence.

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Remarque critique :

J'ai été sensible aux critiques de deux commentateurs ici et d'un ami en privé à propos de mon exclamation répétée "foutaise !" à propos de l'importance prioritaire de l'islam dans les attentats terroristes. Et à moi-même rapidement, ce passage de ma note ne me parut pas non plus satisfaisant.
Il se fait que je venais d'apprendre que selon une enquête toute récente de CNN, les frères Abdeslam en février 2015, soit 9 mois avant les attentats de Paris, dansaient, fumaient et draguaient dans une discothèque branchée de l’avenue Louise à Bruxelles.
D'autre part, mon exclamation provocatrice et donc réductrice, voulait faire remarquer qu'il était bien peu question de religion (je voulais parler de foi et de spiritualité) mais de politique, de géopolitique et de guerre territoriale dans le chef de Daesh (avec ses leaders militaires, anciens officiers de Saddam Hussein). Par là, j'aurais souhaité que l'on ne tombe pas dans le piège d'y impliquer l'ensemble des musulmans pratiquants de nos pays et marquer mon désaccord vis-à-vis de ceux qui essentialisent l'islam et l'isolent, comme en laboratoire, des deux autres monthéismes, prétendant qu'islam et terreur sont intrinsèquement mêlés de façon anhistorique ou "panhistorique".

Mais la gravité des événements mondiaux liés au terrorisme islamiste m'oblige à revenir, à nuancer et corriger un propos exprimé de façon trop caricaturale. Car il y a effectivement depuis le début du 20e siècle, en lien avec le colonialisme et les aspirations nationalistes arabes, une idéologie islamiste qui instrumentalise les textes religieux à des fins politiques, et de politique totalitariste en plus. Du côté sunnite (wahhabisme et salafisme) mais aussi en réaction chiite (cf. la "République islamique" d'Iran).
Je me rends compte que je n'ai pas assez de connaissances suffisantes en matière d'analyse théologico politiques islamiques. Ce pourquoi, j'ai commandé le livre didactique de Boualem Sansal, Gouverner au nom d'Allah, Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe.








 





lundi 14 mars 2016


Un documentaire

À voir ou à revoir


Pour découvrir qui gouverne vraiment l’Union Européenne







   
   Intéressant aussi de suivre ce reportage sur la montée du populisme en Europe : https://www.youtube.com/watch?v=o4TkWQXIA0U ,qui date de 2014 et produit par Arte-Thema.


   Je n'ai pas pour l'instant la force d'écrire. Je propose donc seulement ces deux documentaires...

samedi 20 février 2016

Lecture d’un article
De Scott Atran


L’Etat islamique est une révolution

(fin)
  



   Je voudrais insister, dans la fin de ma lecture de l’article de l’anthropologue Scoot Atran, sur deux sous-chapitres intitulés Le manuel de l’Etat islamique et L’extinction de la zone grise.
Dans le premier, Atran s’attarde sur le manifeste signé par le pseudonymique Abou Bakr Naji dans la gestion de la terreur et du chaos. Et si on songe aux derniers massacres récents perpétrés par Daesh à Paris, Ankara, Beyrouth ou Bamako, on ne peut que les reconnaître en application brutale et littérale :

1- Frapper des cibles faciles : "Diversifier et élargir les frappes perturbatrices contre l’ennemi croisé-sioniste en tous lieux du monde musulman, et même en dehors si possible, afin de disperser les efforts de l’alliance ennemie et ainsi l’épuiser au maximum".
2- Frapper quand les victimes potentielles ont baissé la garde afin de maximiser la peur dans les populations et affaiblir leurs économies : "Si une station touristique où se rendent les croisés… est frappée, toutes les stations touristiques dans tous les États du monde devront être protégées par l’envoi de renforts armés, deux fois plus importants qu’en temps normal, et par une énorme hausse des dépenses."
3- Canaliser la propension à se rebeller de la jeunesse, leur énergie et leur idéalisme et leur aspiration au sacrifice, pendant que les imbéciles les incitent à la modération et les détournent du risque : "Inciter des groupes issus des masses à partir vers les régions dont nous avons le contrôle, en particulier les jeunes… [car] les jeunes d’une nation sont plus proches de la nature innée [de l’homme] du fait de la rébellion qui est en eux et que les groupes musulmans inertes [ne cherchent qu’à réprimer].
4- Entraîner l’Occident aussi profondément et activement que possible dans le bourbier de la guerre : "Dévoilez la faiblesse du pouvoir centralisé de l’Amérique en poussant ce pays à renoncer à la guerre psychologique médiatique et à la guerre par personne interposée, jusqu’à ce qu’ils se battent directement." Idem pour les alliés de l’Amérique.


   Et, ce que Scott Atran souligne dans le second, La zone grise, me semble tellement fondamental pour comprendre la dangerosité de l’Etat islamique, que je ne ferai que le reproduire :


"L’extinction de la zone grise" est un article de 12 pages publié au début de l’année 2015 par le magazine en ligne de Daech, "Dabiq". Il décrit la zone qu’occupent par la plupart des musulmans, entre lumière et obscurité, entre le bien et le mal, autrement dit, entre le califat et le monde des infidèles, une zone que "les saintes opérations du 11 septembre" ont mis en évidence.
L’article cite Oussama Ben Laden, dont l’EI est le véritable héritier. "Le monde est aujourd'hui divisé en deux. Bush avait raison de dire : 'soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes', même si les vrais terroristes sont les croisés occidentaux. L’heure est maintenant arrivée de produire un nouvel événement propre à diviser le monde et à détruire la zone grise". 
Cet événement a pris la forme des attentats du 13 novembre à Paris visant à créer le chaos en Europe, de même que les attaques en Turquie et au Liban avaient pour but d’introduire plus de sauvagerie et de chaos au Moyen-Orient.
L’accueil généreux de réfugiés syriens représenterait une réponse efficace à cette stratégie ; à l’inverse, le rejet général des réfugiés est une réponse perdante. Nous aurions intérêt à célébrer la diversité et la tolérance dans la "zone grise" ; mais la tendance générale en Europe, parmi l’élite politique comme dans la population, est de s’entendre pour la détruire.
En Europe, la montée de l’islam radical a coïncidé avec une poussée des mouvements xénophobes et nationalistes. Les deux phénomènes participent partiellement du faible taux de natalité en Europe (1,6 enfant par couple), ce qui crée un besoin d’immigration afin de maintenir une force de travail et un bon niveau de vie pour la classe moyenne, pilier de toute démocratie libérale. A une époque où l’immigration n’a jamais été aussi mal tolérée, on n’a jamais eu tant besoin d’immigrés. 
Dans les régions que l’EI contrôle, ou celles qui leur sont adjacentes, les populations ne soutiennent ni l’EI, ni l’occident (et maintenant la Russie). Ce ne sont pas des fanatiques ou des guerriers, et elles ne tiennent pas mourir en martyres. l’EI sait cela, et pousse ses ennemis à attaquer la population des centres urbains qu'elle contrôle. Il y a de toute façon très peu d’infrastructures à cibler : le régime est semi-nomade, sans frontière fixe, et l’EI déplace sans cesse son matériel militaire très mobile et ses troupes.
Ce sont donc surtout les populations locales qui souffrent. Beaucoup de gens, s’ils avaient pu en avoir l’occasion, auraient fui à la fois l’EI et les bombes de ses ennemis, mais ils sont coincés et ils dépendent, pour leur protection, de la bannière noire. Au moindre signe indiquant qu’ils puissent être dans la "zone grise", ils sont punis de mort. Mais l'histoire montre que les bombardements aériens durcissent l’opinion des populations contre les pays qui bombardent, quel que soit le régime général dans lequel ils vivent.
En Syrie et dans une grande partie de l’Irak, il n’y a presque plus de "zone grise", surtout pour une jeunesse arrachée à ses foyers soit pour être enrôlée de force dans tel ou tel groupe de combattants, soit pour se transformer en réfugié et s’exiler vers les limbes.


   Nous nous faisons donc en Occident des illusions sur la mort prochaine de l’El. Rien qu’au plan financier, même dans le cas coûteux des  attentats du 11 septembre 2001, la terreur est en quelque sorte très bon marché par rapport au coût de la réponse sécuritaire et militaire que l’Occident lui apporte. De plus, la terreur ne mobilise que quelques hommes ; son combat, des milliers.
 Pour Atran donc, il faudrait que l’Occident s’interroge de façon critique sur ses stratégies de riposte. Car en plus, sur la Toile, l’efficacité de Daesh est sans commune mesure avec les quelques inefficaces campagnes de contrepropagande menées, telle que celle du Think Again, Turn Away, par le Département d’Etat américain : 70.000 comptes Twitter et Facebook, estiment certains, ouverts par l’EL, et jusqu’à 90.000 posts publiés chaque jour…

 Naïveté donc de ceux qui ont en charge la diplomatie publique et qui ne comprennent toujours pas combien leurs classiques appels à la « modération » tombent à plat, car ils s’adressent à des jeunes gens agités, idéalistes, assoiffés d’aventure, de gloire et de sens. (Je souligne.)

   Le silence des intellectuels. C’est sous ce dernier sous-chapitre que Scott Atran termine son analyse. S’il y a quelques remarquables initiatives sur le terrain, pour lui, il manque gravement d’actions ambitieuses auprès de la jeunesse des 90 nations actuelles tentée par l’aventure révolutionnaire de Daesh. Il y a des ONG et des jeunes qui ont de bonnes idées pour contrer la force attractive de l’EL, mais les gouvernements n’en font pas une priorité ni n’engagent de fonds suffisants pour soutenir leurs actions sur le terrain. Et quand, l’une ou l’autre organisation reçoit quelque subside, elles ne sont pas relayées par le monde intellectuel, qui, d’après l’anthropologue et selon sa propre expérience vécue dans le monde universitaire américain, ne prend pas la mesure de l’urgence, et se maintient dans des discussions académiques qui n’ont aucun impact direct vis-à-vis de leur Etat qui s’est engagé à marche forcée vers une guerre sans limite (…)


   J’en termine, mais avec le souhait de citer Scott Atran une dernière fois, dans son ultime et remarquable paragraphe, soulignant quelques passages à mes yeux essentiels :

L’intervention, dans le champ politique, d’intellectuels responsables était autrefois une part vibrante de notre vie publique. Pas pour promouvoir une action "certaine claire et forte", comme l’avait écrit Martin Heidegger en soutien de Hitler, mais pour imaginer des voies et des scénarios raisonnables, dignes d’examen. Aujourd’hui, ce champ a été abandonné à des prêcheurs manichéens et des bloggeurs, animateurs radio et autres apôtres télévisuels. Ces gens font rarement le travail en profondeur auquel les intellectuels devraient se consacrer.
"L’intellectuel, écrivait Raymond Aron il y a 60 ans, s'efforce de n'oublier jamais ni les arguments de l'adversaire, ni l'incertitude de l'avenir, ni les torts de ses amis, ni la fraternité secrète des combattants".
Les civilisations s’élèvent et s’effondrent selon la vitalité de leurs idéaux culturels, pas seulement selon le poids de leurs actifs matériels.
L’Histoire nous apprend que la plupart des sociétés cultivent des valeurs sacrées pour lesquelles leurs peuples sont prêts à se battre passionnément, à risquer des pertes sérieuses et même la mort, sans faire de compromis.
Notre recherche suggère qu’il en est souvent ainsi pour ceux qui se joignent à l’EI, et pour de nombreux Kurdes qui s’opposent à lui sur les lignes de front. Mais jusqu'à présent, nous ne trouvons aucune volonté comparable chez la majorité des jeunes dans les démocraties occidentales. Avec la défaite du fascisme et du communisme, la recherche de confort et de sécurité ne semble pas suffire à combler leur vie. Suffit-elle à assurer la survie - à défaut du triomphe -  des valeurs que nous pensons acquises, et sur lesquelles nous avons la conviction que le monde est fondé ? Plus que la menace que font peser les djihadistes, ces questions représentent le principal problème existentiel de nos sociétés ouvertes.


  Voilà. J’en ai terminé. Je n’ai eu que peu de commentateurs sous les notes que j’ai consacrées à la simple lecture de l’article de l’anthropologue Scott Atran, publié d’abord en ligne sur l’Obs, il y a maintenant sans doute déjà deux semaines.

J’en tire au moins deux conclusions :

ü      La première, en lien avec ce que j’ai lu par exemple sur le blog de l’Ouximer de l’Obs, c’est que l’on ne se donne de moins en moins chez nous le temps de la vraie et authentique lecture, et que dans l’impatience et les préjugés personnels ainsi qu’idéologiques, on peut aller jusqu’à produire un résumé de pur contresens de la pensée d’un auteur qui n’agrée pas d'emblée et que l'on snobe en conséquence en le survolant, quitte à contrefaire ce qu’a effectivement exprimé un auteur comme Scott Atran. C'est désolant en effet.

ü     La seconde, beaucoup plus fondamentale, c’est qu’en effet, même si l’anthropologue s’exprime à partir du continent nord-américain la plupart du temps, il m’a perso, encore plus convaincue que les réponses sécuritaire (chez nous) et militaire (au Moyen-Orient), ne suffisent strictement pas. Et qu’il faudrait effectivement que les politiques de nos Etats mettent de conséquents moyens (financiers mais aussi culturels) pour sa jeunesse, sa jeunesse si oubliée et sacrifiée sur l’autel du marché de l'embauche et des restrictions budgétaires. Leur politique toutefois a peu de marge de manœuvre, pas tant à cause du libre-marché, mais du capitalisme, je veux dire strictement par là la logique financière qui n’a pour but que de faire plus d’argent avec de l’argent. Hier, j’écoutais un économiste à la radio, nullement d’extrême-gauche, et qui affirmait que le monde allait tout droit dans le mur, car la majorité absolue des transactions mondiales n’étaient plus que virtuelles et financières (de l’argent qui fait de l’argent), sans plus aucun lien direct avec l’économie qui fait vivre (ou mourir) les humains. Tant que nous ici nous préférons le déni d’une telle réalité (et sans doute à juste titre à cause de la monstruosité qu’a donné la pseudo-alternative communiste), et que nous continuons à confondre économie libérale avec la logique capitaliste au point de la laisser faire, eh bien, non seulement c’est à terme la disparition de la classe moyenne de chez nous qui se prépare, mais ce ne peut être aussi que la tentation de la radicalisation ethno-religieuse des laissés-pour-compte de notre régime ultralibéral qui progresserait, voire qui risquerait d’établir demain un rapport de force contre nos principes démocratiques mêmes, confondus hélas avec la logique du Grand Capital. Et qui, quant à lui, se trouve lamentablement traduit dans les publications extrémistes d'origine arabe en ennemi d'hier, les croisés chrétienset, en ennemi atavique d'hier comme d'aujourd'hui, les Juifs, amalgamés  et essentialisés en usuriers. Idiotes de telles identifications bien évidemment,  mais hélas tellement avalées comme pain béni aujourd'hui par tant de musulmans frustrés et aveuglés de ressentiment...

      Grâce à l’article de Scott Atran, j’ai pu mieux saisir la force attractive du Califat, avancée comme un pseudo ordre moral supérieur d’ordre politico-socio-économique, en alternative à l'ordre colonial, à nos démocraties, considérées encore comme l'ordre du dominant d'hier à peine ; califat d'autant plus attrayant que notre système s’avère de plus en plus inégalitaire, ne proposant quasi plus rien pour sa jeunesse non privilégiée, et semblant ne pouvoir résister à la logique infernale de la pure finance et des multinationales…